IA en agence immobilière : au Royaume-Uni, c’est l’administratif qui la fait entrer, pas le client

Au Royaume-Uni, conformité, dossiers et recrutement poussent les agences vers l’IA. Ce que ça change au bureau, et où mettre l’heure gagnée.

En janvier, un éditeur britannique de logiciels pour agences a publié les réponses de 250 agents sur leurs projets d’IA. Un peu plus de la moitié comptaient adopter un outil dans l’année, surtout pour les annonces, les prospects et le marketing, et deux sur trois pensaient s’en servir pour les contrôles de conformité et d’anti-blanchiment. Les raisons avancées ne parlaient pas des clients. Elles parlaient de vérifications réglementaires qui s’empilent, de listes de tâches plus longues, de trop de dossiers par personne et d’un administratif que beaucoup disaient ne plus arriver à tenir. Je trouve ce point de départ plus honnête que la plupart des discours sur l’IA, et plus utile pour une agence française qui se demande par où commencer.

Dans un article précédent sur l’IA et le vendeur, je regardais l’IA du côté du vendeur, celui qui arrive au premier rendez-vous avec les réponses d’un assistant. Les agents britanniques décrivent l’autre bout. L’outil entre par le bureau, sur les tâches que personne n’a envie de faire le soir, et il change la journée du négociateur bien avant que le client s’en aperçoive. Pour le webmarketing d’une agence immobilière, j’y vois une bonne nouvelle, à une condition que je garde pour la fin.

Moins de candidats, plus de dossiers

Un autre éditeur britannique avait interrogé la profession en 2025 sous un angle différent. Plus de la moitié des agences qui recrutaient recevaient moins de cinq candidatures sérieuses par poste, et près de huit sur dix estimaient qu’automatiser coûtait moins cher qu’embaucher. Une partie de l’explication est propre au Royaume-Uni, avec la hausse des charges patronales et un projet de loi sur les droits des salariés, et je ne la transposerais pas. Le même rapport s’inquiétait des départs à la retraite, qui emportent des années de savoir-faire que personne n’a mis par écrit. Ce point-là me paraît valoir partout.

Les grandes structures vont plus vite. Dans l’enquête de janvier, près de neuf grands groupes sur dix prévoyaient d’adopter l’IA dans l’année, les indépendants suivaient de loin, et un tiers des agents se disaient inquiets ou indécis. Un éditeur promet même un « système d’exploitation » qui remplacerait tous les logiciels de l’agence, avec une liste d’attente de plus de quatre mois. Une liste d’attente est un argument de vente, et je n’en tire rien sur ce que l’outil fera une fois installé.

Ce qui change dans la journée

Aux États-Unis, une enquête auprès de 225 agents donne la mesure la plus terre à terre que j’aie trouvée. Quatre sur cinq utilisent déjà l’IA, surtout pour écrire des annonces, des emails et des messages. Deux sur trois disent gagner au moins une heure par semaine, un tiers quatre heures ou plus. La moitié, pourtant, n’est pas à l’aise au moment d’envoyer ce texte à un client, et la plupart lui font beaucoup moins confiance pour le prix d’un bien ou l’analyse du marché. Ce partage me paraît sain. L’IA prend la rédaction et le classement, l’agent garde ce qui engage sa signature.

Dans un compte rendu publié en juin, le responsable des données de la fédération américaine des agents donne aux directeurs d’agence un conseil que je reprendrais tel quel. Les négociateurs essaient déjà des outils chacun de leur côté, donc au dirigeant de choisir ceux qui sont autorisés et de faire relire par quelqu’un tout ce qui part vers un client. Une règle imparfaite posée maintenant vaut mieux qu’une règle parfaite dans un an, parce que les outils changent plus vite que les procédures.

Reste la condition annoncée plus haut, et elle tient à l’heure gagnée. Si elle repart dans l’administratif suivant, l’agence n’a rien changé pour ses mandats. Les campagnes Google Ads que nous montons pour les agences côté vendeurs apportent des demandes d’estimation au moment où le propriétaire cherche déjà, et elles ne valent que si quelqu’un, à l’agence, a le temps de s’en occuper le jour même. C’est là que je mettrais cette heure. Je n’ai en revanche aucune mesure qui relie le temps libéré par l’IA au nombre de mandats signés.